Finesse, précision et élégance : voilà ce qu’est l’escrime. Souvent comparée à un art, cette discipline nous plonge dans un duel où chaque mouvement raconte une histoire. Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir ce sport à travers l’épée de Tessa.
Des podiums régionaux aux pistes internationales
Pour la jeune femme, découvrir la discipline vers ses 5 ans, c’est d’abord pour marcher dans les pas de sa soeur. Bretonne d’origine, c’est là-bas qu’elle découvre et expérimente ses premières compétitions avant de s’exporter dans le Nord lillois pour ses études. Dès les premiers instants, elle a su qu’elle serait du genre à vouloir tout gagner. En se remémorant ses débuts, où étaient peu nombreuses les prétendantes se risquant à l’escrime, elle admet ne s’être jamais satisfaite d’une deuxième place et encore moins d’un simple podium.
« Je me retrouvais souvent sur le podium du fait du nombre des participants mais quand j’étais à la deuxième ou 3e place ça me rendait folle de rage. »
Elle réalise assez vite qu’elle sort son épingle du jeu, mais c’est notamment lors d’une participation à un tournoi international à Cracovie, en Pologne, qu’un premier tournant s’opère pour Tessa. Sa première compétition internationale en dehors de l’hexagone se passe très bien puisqu’elle est cinquième meilleure escrimeuse française sur les quinze inscrites et elle se hisse même parmi les trente-deux meilleures, toutes nationalités confondues.
« J’ai réalisé que j’étais performante au moment où je suis partie en compétition internationale en Pologne […] je me suis dit ”ok » je peux viser plus grand. »
L’équilibre au bout de la lame
Si Tessa espère un jour participer aux Jeux Olympiques et intégrer le cercle très fermé des membres de l’Équipe de France d’escrime, elle ne perd pas de vue qu’elle a une vie en dehors du sport. Bien qu’évidemment, le sport lorsqu’il est pratiqué à un certain niveau entraîne son lot de sacrifices et de compromis, Tessa admet vouloir quand même conserver cet équilibre qu’elle a eu du mal à trouver.
Comme de nombreux sportif, elle trouve en sa discipline, un moyen de tirer des leçons qu’elle s’efforce d’apprendre au quotidien :
« On pense que faire un sport de haut niveau ça veut dire tout mettre de côté, se concentrer seulement sur ça […] mais il ne faut pas oublier qu’on a une vie à côté, ouais, le weekend c’est la compétition mais dès lundi, j’irais en cours comme tous les lundis. »
Le sport peut aussi être source d’épreuves à surmonter et la bretonne le sait mieux que quiconque. Alors que cette saison 2024-2025 s’annonçait comme l’une des plus chargées que Tessa ait connue, elle se rompt les ligaments croisés et se retrouve contrainte d’abandonner les pistes, au moins le temps d’un an, ce qui la prive de sa dernière saison comme junior. Elle accepte cette situation et bien qu’elle reconnaisse une certaine frustration, elle est déterminée à aller de l’avant :
« Pour l’instant je ne peux pas dire comment je vais surmonter cette épreuve mais ce qui est sûr c’est que je vais y arriver, je suis très bien accompagnée, je sais que ça va être une période longue et compliquée mais si c’est par là que je dois passer pour atteindre des sommets, je le ferai. «
Cet obstacle à sa progression, qui pourrait la décourager, n’est étonnamment pas l’une des raisons qui l’ont déjà poussée à réfléchir quant à la poursuite de ses rêves et objectifs dans le monde de l’escrime. Mais évidemment, Tessa a déjà songé à arrêter, plus par manque de confiance en elle que par désamour, c’est justement parce que sa passion ne s’est jamais éteinte qu’elle continue aujourd’hui son sport :
« Beaucoup de fois j’ai voulu arrêter […] mais même si on pense à ça parfois, la seule chose qu’il ne faut pas faire c’est abandonner, tant que ça nous rend heureux il ne faut pas arrêter, si on a commencé c’est bien pour une raison. Et je pense que ce qui m’a fait rester c’est l’amour que j’ai pour ce sport, les sensations qu’il me procure, les gens que je rencontre, les longues conversations pour comprendre les mécanismes de l’escrime. J’en fais depuis que je suis toute petite, je suis liée à ce sport sans pouvoir dire pourquoi. »
L’escrime, une école de vie
Forte d’un regard nouveau sur son rapport à la performance qui l’a libérée, elle tente chaque jour de concevoir l’escrime comme un lieu d’apprentissage plutôt qu’au travers de ses résultats. Comme elle le dit, « Faire du sport c’est un travail sans fin », et si, auparavant, elle aurait parlé d’un résultat comme son plus grand accomplissement, il en est tout autre aujourd’hui :
« Aujourd’hui je pense plutôt à mon évolution, à la femme que je suis devenue grâce à l’escrime, à tout ce que j’ai appris sur moi en tant que femme mais aussi en tant que compétitrice. Tous les jours j’en apprends plus sur moi, j’ai beau en faire depuis des dizaines d’années […] chaque jour j’apprends quelque chose de nouveau. »
Ses familles comme piliers fondateurs
Évidemment soutenue par ses parents, dont elle confie le rôle très important que son père a pu jouer dans le côté sportif et que sa mère a pu avoir de par son alimentation notamment, elle est aussi encouragée par sa soeur, régulièrement présente sur les bords de piste. Tessa a, ainsi, toujours eu le soutien dont elle avait besoin pour aller au bout de ses rêves.
Et au-delà de sa famille biologique, il y a évidemment la famille qu’elle s’est choisie à Rennes, dans son premier club. Celui auquel elle allait s’entraîner tous les soirs de la semaine, après l’école, pour retrouver ses ami.es. Grands artisans de sa motivation actuelle, elle se remémore particulièrement un ami en particulier :
« J’ai un copain qui est aussi fan de sport que moi, qui repousse toujours ses limites et c’était mon « booster », il me donnait envie de me dépasser à chaque fois ! »
Un travail mental pour toucher sa cible
Tessa a fait le choix d’être aidée par un coach mental pour se préparer aux obstacles auxquels elle doit faire face. Si l’on « joue » comme l’on s’entraîne, elle reconnaît que son coach la prépare souvent plus à l’entraînement que les veilles de compétition par exemple. Mais cette aide extérieure est loin d’être la seule manière que la jeune femme a mis en place pour surmonter l’adversité de sa vie d’athlète de haut-niveau. L’athlète puise dans de nombreuses ressources comme les exercices de respiration ou l’écriture. Autant de moyens qui l’aident à se recentrer sur l’essentiel :
« Dans mes moments de doutes je me dis que ce n’est qu’une passerelle, que demain ça ira mieux. C’est normal de douter, on le fait tous, il faut juste ne pas trop se creuser la tête parce qu’à la base je fais le sport que j’ai choisi par plaisir et non pas par contrainte, J’essaie de pas oublier ça. »
C’est aussi dans son organisation qu’elle se rassure au quotidien, pas question de laisser l’escrime prendre trop de place ou au contraire de délaisser sa passion :
« Je note les choses importantes, ce qui doit être fait en priorité pour ne pas oublier. Je pense que c’est ça le plus important, se rendre compte des moments où il faut travailler pour les cours mais aussi se rendre compte qu’il faut se reposer pour être d’attaque à tous les entraînements. C’est dur à trouver comme équilibre car il varie souvent mais c’est ça aussi qui prouve notre force en tant que sportif de haut niveau.«
L’Escrime comme source d’inspiration
Lorsque Tessa n’est plus épée en main, la jeune femme s’adonne à toutes sortes d’activités qu’elle combine évidemment avec sa discipline. L’art comme moteur, elle filme, monte et partage des vidéos sous forme de vlogs. Elle profite de l’arrêt que sa blessure lui force à prendre pour explorer ce pan de sa personnalité :
« C’est dur de trouver du temps pour faire des projets concrets car il y a tout le temps plein de choses dans ma tête avec l’escrime et les cours mais je vais profiter de cette période d’arrêt pour avancer sur certaines idées et projets qui me tiennent vraiment à cœur. »
Un engagement au-delà des pistes
Motivée par des valeurs que lui a inculquées sa passion, la bretonne s’emploie du mieux qu’elle peut au profit d’une cause qui compte particulièrement pour elle :
« Je suis très sensible au changement climatique et au bien-être de la planète. »
Quand son temps lui permet, elle participe à des manifestations comme la Marche Pour Le Climat mais c’est aussi au quotidien qu’elle est attentive. Du simple recyclage à l’achat de seconde-main ou à la réduction quasi totale de ses achats en ligne, la jeune femme nous avoue son ambition de faire plus et les contraintes qui la freinent actuellement :
« J’aimerai pouvoir m’inscrire dans une association mais je sais que je ne pourrais pas être assez présente et ça me frustrerait beaucoup. […] Alors j’essaie quand même me rendre utile comme je peux ».
L’envers du décor
SI nous évoquions plus haut les doutes de l’athlète, Tessa ne reste pas moins amoureuse, encore aujourd’hui, du sport qu’elle pratique :
« Ce qui me motive à continuer c’est ma passion pour mon sport, je ne sais pas ce que je ferai de mes journées ou de mes soirées si je ne faisais pas de l’escrime, c’est un sport tellement original, tellement différent des autres sports, là tu manie une épée, tu es dans une tenue spéciale, conçue exprès pour ne pas te faire mal, tu es recouverte de la tête au pied par une tenue blanche, des chaussettes blanche, un masque, c’est de la folie ! »
Bien que de nombreux athlètes commencent à partager leur quotidien sur les réseaux sociaux, il reste une grande majorité du public qui n’a pour seul contact avec ces athlètes que les moments de compétition. Et dans ces instants, le public n’est jamais confronté qu’à deux issues : la victoire ou la défaite. Dans le premier cas, il ressort forcément du positif :
« Ça fait très plaisir de voir que des gens nous soutiennent, sont derrière nous sans vraiment nous connaître. […] C’est beau ! Tout ça nous apporte à toutes ou à tous, je pense, beaucoup de soutien et de force dans les moments de doute. »
Mais dans les défaites il est plus compliqué de gérer la déception des uns et le mécontentement des autres, alors même qu’ils ne sont pas les acteurs de ladite défaite.
« Le public, c’est triste à dire mais il ne voit que les résultats et c’est normal c’est quelque chose de concret, de visible mais derrière il y a plein de choses […]. Derrière il y a toutes les réflexions, les doutes, tout le travail, tout le dévouement, le surpassement de soi-même. C’est pour ça que j’aime filmer aussi, c’est pour montrer les moments durs, les moments cachés qui montrent la manière dont on travaille pour atteindre le plus haut niveau.«
C’est en naviguant à travers tous ces questionnements que se battit le mental d’un athlète.
« Je dirais qu’il ne faut pas souffrir pour faire quelque chose. Il ne faut pas se dire qu’il faut tout faire pour atteindre seulement UN objectif mais il faut se rendre compte de toutes ces choses qu’il y a autour et se rendre compte qu’on accomplit tous les jours plein d’autres trucs. Moi, pendant longtemps j’ai cru qu’il n’y avait que les résultats qui comptaient, je ne voyais que la performance, mais en pensant de la sorte je n’arrivais pas à être heureuse, je ne prenais plus de plaisir dans mon sport et depuis que je le comprends et que j’essaie de travailler dessus je me sens beaucoup plus libérée et je pense que c’est ça la clé. »
Un chemin inspirant, une passion inébranlable
Le parcours de Tessa Goriaux, marqué par des triomphes, des épreuves et une profonde introspection, illustre la richesse qu’un sport peut apporter bien au-delà des résultats. À travers l’escrime, elle a appris à se connaître, à surmonter les doutes, et à trouver un équilibre entre ambition sportive et vie personnelle. Si son avenir dans le sport reste une aventure en construction, Tessa incarne une vision inspirante : celle de ne jamais renoncer à ce qui nous anime, tout en embrassant les défis comme autant d’occasions de grandir.
Sa philosophie, mêlant passion, résilience et curiosité, laisse entrevoir que les pistes et terrains en tout genre, tout comme la vie, sont des terrains où l’on se forge bien plus qu’un palmarès. Tessa nous rappelle qu’il n’y a pas qu’une seule victoire : il y a aussi la joie de faire ce que l’on aime, d’en découvrir chaque jour un peu plus sur soi, et de progresser pas à pas vers ses rêves.
Temps Mort remercie chaleureusement Tessa Goriaux pour le temps accordé, pour la confiance témoignée tout au long du processus de rédaction et lui souhaite bon courage pour l’année à venir.
Laisser un commentaire