Été 2018, la France est championne du monde de football. Pendant qu’on célèbre ce deuxième sacre historique, l’intersaison fait rage en NBA et Toronto s’apprête à vivre un événement qui va redéfinir complètement l’histoire de la franchise.

Les Raptors de Toronto remportent en 2019 leur tout premier titre de Champions NBA © Kyle Terada-USA TODAY Sports
En 2018, à la mi-juillet, les Toronto Raptors organisent un échange qui bouleverse la National Basketball Association : DeMar DeRozan, ailier et visage de la franchise depuis sa sélection à la Draft 2009 en 9ème position, est envoyé en plein milieu du Texas, aux Spurs de San Antonio. En contrepartie, ils obtiennent Kawhi Leonard, un autre ailier, lui aussi visage de sa franchise.
La presse et les fans perplexes
À Toronto, supporters comme journalistes s’interrogent : qui est vraiment gagnant dans ce trade ? San Antonio récupère un ailier de 30 ans qui manque globalement peu de matchs, est adroit sur la ligne de lancer-franc, un rebondeur utile. Sa faiblesse notable est son shoot qui avoisine les 30 % à trois points par par saison. Les Raptors eux, se voient récupérer Kawhi Leonard qui, malgré des statistiques en carrière assez convaincantes, sort à l’époque d’une saison 17/18 quasi blanche et a manqué l’équivalent de deux saisons régulières depuis son arrivée dans la Grande ligue. Les fans ne sont pas franchement emballés par l’idée :
Ça a été vraiment difficile à encaisser pour les fans, surtout que Kawhi Leonard sortait d’une saison quasiment blanche et que, selon ce qui se disait, il n’avait pas forcément envie de venir à Toronto…
Mike Laviolle, journaliste expert des Raptors pour l-express.ca
Le départ de DeRozan est un vrai choc tant son duo avec Kyle Lowry est iconique aux yeux d’une grande partie de la fan-base de la franchise canadienne.
C’était le frère de Lowry et voir une partie du duo partir, c’était très dur.
Victor pour Raptors_FR, compte X francophone le plus suivi sur l’actualité des Raptors
Cette intersaison mouvementée se poursuit par le licenciement du head coach, Dwane Casey, après leur mésaventure en playoffs l’an passé contre les Cavaliers de Cleveland, portés par LeBron James. Coach Casey venait pourtant d’être élu Coach de l’année et était particulièrement respecté dans la Ligue. La nomination d’un de ses assistants, Nick Nurse, pour le remplacer pose aussi quelques questions. Quand certains fans s’interrogent sur le parcours du monsieur, d’autres semblent au contraire approuver la décision de Masai Ujiri, alors président des opérations basketball de la franchise :
C’était pas un inconnu, adjoint depuis 2013, il connaissait bien la franchise. Sa carrière pouvait paraître étrange mais sa personnalité franche a conquis les fans à mon sens. Serein c’est un grand mot pour décrire mon sentiment à son égard et sa nomination, mais disons que c’était pas le pire !
Victor pour Raptors_FR

Une grande première
Cette saison pour Toronto fera office de grande première à bien des égards. Pour Kawhi Leonard, il s’agit de faire bonne figure pour son arrivée. Nurse doit montrer qu’il n’a pas été nommé par hasard et qu’il a ce qu’il faut pour diriger les Raptors. La saison régulière se déroule très bien : avec un bilan de 58 victoires pour 24 défaites, ils se placent comme deuxième de la conférence Est et remportent la division Atlantique pour la cinquième fois en six ans. L’apport défensif de Marc Gasol, fraichement échangé contre Jonas Valančiūnas notamment, aura un impact non négligeable sur la dynamique de l’équipe. Mais ils sera aussi un créateur efficace en attaque.
L’espoir
Ce résultat encourageant donne espoir aux supporters, Kawhi Leonard joue bien, Kyle Lowry distribue des caviar à tout va et Pascal Siakam s’affirme comme un joueur important du roster en améliorant ses statistiques dans de nombreux domaines. L’équipe est régulière et bien construite, même quand des remplaçants rentrent, les joueurs assurent tout de même le show. Cette deuxième place bien méritée leur assure de ne pas rencontrer trop tôt en playoffs une équipe qui pourrait les éliminer.
Au premier tour, ils perdent de peu à domicile le premier match, face au Magic d’Orlando, mais dominent ensuite le reste de la série : 4-1. Les fans se souviennent encore de l’adversaire suivant. En effet, lors de la demi-finale de conférence, les 76ers de Philadelphie ont donné du fil à retordre aux Canadiens. Vainqueurs chez eux pour la première rencontre, ils subissent les deux matchs suivants, remportent les deux d’après et finalement, chacun des deux partis se retrouve avec 3 victoires…
Le Game 7
Le 12 mai 2019, la Scotiabank Arena retient son souffle. Après six matchs d’une intensité extrême, les Toronto Raptors et les Philadelphia 76ers se retrouvent pour un Game 7 décisif, symbole de tout ce que les playoffs NBA peuvent offrir de plus cruel et spectaculaire. Le match est tendu, fermé, dominé par les défenses. Aucune équipe ne parvient à prendre le large, et chaque possession devient vitale. Dans ce contexte irrespirable, Kawhi Leonard porte Toronto à bout de bras. Silencieux mais implacable, il enchaîne les tirs difficiles et termine la rencontre avec 41 points, un total monumental dans un match aussi serré. Malgré cela, à quelques secondes de la fin, le score est toujours à égalité. Le public est debout, conscient que la saison entière se joue sur une seule action.
Dernière possession pour Toronto. Le ballon arrive dans les mains de Leonard, isolé dans le corner droit. Il déclenche un tir contesté, au-dessus de Joel Embiid. Le ballon s’élève, touche l’arceau… puis rebondit encore… et encore… avant de finalement tomber dans le panier au buzzer. La salle explose. Les Raptors s’imposent 92-90 et remportent la série 4-3.
C’était indescriptible, […] et puis ça a exulté sur les réseaux. Quand tu es français et que tu regardes la NBA en pleine nuit, c’est particulier. D’un coup, l’énergie surplombe la fatigue, t’as envie de tout casser littéralement, le background avec les Sixers a créé de la tension et du suspens, finir comme ça, c’était historique.
Victor pour Raptors_FR
Ce tir devient instantanément l’un des moments les plus iconiques de l’histoire des playoffs NBA : le premier buzzer-beater décisif en Game 7. Plus qu’un panier, il symbolise le tournant de la saison. Toronto est lancé. Ce soir-là, les Raptors ne se contentent pas d’éliminer Philadelphie : ils entrent définitivement dans une autre dimension.

Le tir fait définitivement rentrer Kawhi Leonard dans le cœur des fans © ESPN
Tournant définitif
En finale de Conférence Est, les Toronto Raptors se dressent face à un défi encore plus grand : les Milwaukee Bucks, meilleure équipe de la saison régulière et emmenés par un Giannis Antetokounmpo au sommet de son art, la série démarre mal pour Toronto. Battus lors des deux premiers matchs à Milwaukee, les Raptors se retrouvent dos au mur, menés 0-2 et sont confrontés au doute.
Mais à partir du Game 3, la série bascule. De retour à Toronto, Nick Nurse ajuste son plan de jeu. La défense se resserre, les prises à deux sur Giannis se multiplient, et l’intensité change de camp. Les Raptors remportent le match et relancent totalement la série. Porté par son public, Toronto enchaîne et égalise à 2-2, faisant vaciller la confiance des Bucks.
Le tournant définitif intervient lors du Game 5 à Milwaukee. Dans un match clé, les Raptors livrent une prestation collective impressionnante et s’imposent à l’extérieur. À partir de ce moment, la dynamique est clairement torontoise. Kawhi Leonard, encore une fois décisif, impose son rythme, tandis que Pascal Siakam, Kyle Lowry et Fred VanVleet apportent un soutien essentiel des deux côtés du terrain.
Toronto conclut la série à domicile lors du Game 6, remportant la confrontation 4-2 après quatre victoires consécutives. Une performance majeure face au favori de la Conférence Est, qui envoie pour la première fois de son histoire les Raptors en Finales NBA. Ce n’est pas seulement une qualification, cette série confirme la maturité d’un groupe prêt à aller au bout.

Avec cette victoire, le Canada tout entier espère un titre NBA. © John E. Sokolowski-USA TODAY Sports
L’aboutissement
Très vite, un sentiment s’impose dans les tribunes comme dans les colonnes de la presse nord-américaine : Toronto ne découvre pas les Finales, il les habite. Match après match, les observateurs soulignent la même chose : une équipe étonnamment calme, presque détachée du tumulte de l’événement. Là où l’on attendait de la fébrilité, les Raptors affichent une maîtrise qui frappe les esprits.
Les médias parlent d’un groupe « imperturbable », d’une formation qui refuse le spectaculaire pour privilégier l’efficacité. La défense est décrite comme méthodique, oppressante, pensée pour user l’adversaire. Offensivement, rien n’est forcé. Les rôles sont clairs, assumés. La contribution de VanVleet, la constance de Siakam, le leadership discret mais omniprésent de Lowry sont régulièrement mis en avant comme les marqueurs d’une équipe mûre.
À mesure que la série avance, le discours médiatique évolue. Les Warriors perdent Klay Thompson et Kevin Durant et maintenant, on ne s’interroge plus sur la capacité de Toronto à tenir le choc, mais sur celle de l’adversaire à suivre le rythme.
On ne saura jamais ce que ça aurait pu donner avec les équipes au complet. Mais reste que les Raptors ont gagné, c’est ce que l’on retient à mon avis. On ne refait pas l’histoire !
Victor pour Raptors_FR
Plusieurs journalistes évoquent une équipe qui « joue comme si elle était déjà passée par là », tant la gestion des temps faibles impressionne. Même dans les moments de tension, Toronto ne se désunit pas.
Le Game 6, disputé sur le parquet adverse, cristallise ces impressions. La fin de match est lourde, pesante, presque silencieuse, où chaque seconde semble suspendue. Lorsque la sirène retentit, les récits ne parlent pas d’explosion de joie, mais d’un soulagement collectif, d’une mission accomplie. Kawhi Leonard est célébré pour sa constance plus que pour son panache, symbole parfait de cette campagne.
Dans les analyses d’après-série, un mot revient sans cesse : maîtrise. Pour beaucoup, ce titre n’est pas un exploit isolé, mais l’aboutissement logique d’une équipe qui a grandi au fil des tours. En 2019, conclut la presse, Toronto n’a pas surpris la NBA, il l’a convaincue.
