Après un début de carrière catastrophique, Sam Darnold est largement considéré comme un joueur inapte à la NFL. Mais depuis deux saisons, il s’est métamorphosé à Minneapolis puis à Seattle. Alors qu’il s’apprête à jouer son premier Super Bowl, la ligue entière a changé de regard à son sujet.

Sam Darnold s’est imposé comme l’un des meilleurs quarterbacks de la NFL cette saison. © Seahawks
Drafté par les Jets de New-York à la 3ème place en 2018, Sam Darnold connaît des débuts compliqués dans la Grande ligue. Rapidement considéré comme un « bust » (un gâchis), il peine à incarner l’espoir d’un renouveau que les fans des Jets attendent depuis de nombreuses années. Mais depuis deux ans, c’est un tout autre joueur qui semble fouler les terrains de la National Football League.
Les Jets, une franchise historiquement moyenne.
Son passage aux Jets ? Anecdotique en termes de succès, mémorable cependant, tant il représentait à merveille la médiocrité de la franchise new-yorkaise. Aux premiers abords, il fait partie du problème : c’est une machine à lancer des interceptions, il occasionne des pertes de balle lors des plaquages et a entre autres, quelques mauvaises lectures dans ses passes. Mais puisque ces problèmes étaient déjà présents au niveau universitaire, les Jets savaient dans quoi ils s’embarquaient. La vraie question est du côté de la franchise elle-même : pourquoi Sam Darnold n’a-t-il jamais pu prouver à New York ?
Tout d’abord, les Jets sont historiquement considérés comme une franchise moyenne, voire mauvaise. Le syndicat des joueurs (la NFL Player Association ou NFLPA) va même jusqu’à classer en 2025 les Jets comme la 4 pire franchise dans laquelle travailler. Le propriétaire n’investit pas dans les infrastructures, les joueurs ne se sentent pas soutenus et il met son veto sur certains échanges à cause des notes des joueurs sur le jeu vidéo de football américain Madden.

Ces notes ne représentent qu’une partie de tous les critères évalués par les joueurs.
Cette situation n’est pas propice au développement. D’ailleurs, Darnold n’est pas le seul à en avoir fait les frais : Zach Wilson ou Geno Smith se sont aussi cassés les dents au sein de l’organisation.
À Charlotte, même verdict.
Pour tenter de tirer quelque chose du quarterback « raté », les Jets l’envoient en Caroline, aux Panthers, contre des choix de Draft peu valorisés. À Charlotte, même verdict. Il doit se battre avec un Baker Mayfield en quête de rédemption pour le poste et n’a pas vraiment l’occasion de se relancer.
Mais les premiers signes du changement sont là : à son arrivée, les fans et les experts le voient comme une option sans risque qui peut être une réponse pour l’attaque des Panthers qui peinent à trouver efficacité et régularité. Au global, l’aventure de Sam Darnold chez les Panthers n’est pas sans défaut. Son inconsistance a l’air chronique mais il semble déjà meilleur qu’à New York, dans un contexte quasi-similaire. Les médias s’accorderont plus tard pour dire que ce fut la première étape de quelque chose de grand.
Une pression moindre, un rôle clair
L’expérience est tout de même courte, deux saisons à peine. Oscillant péniblement entre titulaire d’un soir et remplaçant deluxe, il n’est pas prolongé par les Panthers. Il devient agent libre sans restrictions et signe en mars 2023 chez les 49ers de San Francisco qui préparent une ascension jusqu’au Super Bowl. Puisque les 49ers ne déboursent rien pour le faire venir, la pression est moindre et le rôle est clair : il sera le remplaçant de Brock Purdy si son coude lui fait à nouveau défaut.
Vous savez, nous n’étions pas sûrs du coude de Brock à l’époque. J’ai pensé que je pourrais peut-être venir et commencer deux ou trois matchs, en fonction de la situation de Brock.
Sam Darnold, alors quarterback remplaçant des 49ers
Cette saison-là, il ne voit le terrain qu’une dizaine de fois, pour des actions sans enjeu : 2 touchdowns, moins de 50 passes tentées et un temps de jeu franchement faible. Malgré tout, ce passage à San Francisco redéfinit la carrière de Sam Darnold à bien des égards. Dans un environnement plus patient, entouré de coéquipiers talentueux et sans pression de réussir, il progresse. Silencieusement, il apprend de Brock Purdy, sous les ordres de Kyle Shanahan aussi. Être remplaçant dans la franchise pressentie pour remporter le Super Bowl est une situation bien plus plaisante que d’être celui qui doit incarner l’avenir d’une franchise en perdition incapable de construire une équipe autour d’un quarterback.

Sam Darnold va jouer son premier Super Bowl dans la nuit du 8 au 9 février. © Jed Jacobsohn pour Associated Press (tous droits réservés)
Dans le Minnesota, les étoiles s’alignent.
San Francisco perd le Super Bowl, Sam Darnold n’était pas un projet de long cours. Il rejoint Minneapolis et ses Vikings pour tenter de s’imposer à nouveau en NFL comme un titulaire fiable. Il va pour cela, être mis en concurrence avec J.J. McCarthy, tout juste drafté par les Vikings.
Mais dans le Minnesota, les étoiles s’alignent pour Sam. McCarthy se blesse pendant la pré-saison. Darnold sait dorénavant qu’il sera le quarterback de la franchise pour la saison à venir. Il ne lui fallait qu’une chance : pour la première fois de sa carrière, Sam Darnold prend les rênes d’une attaque qui peut performer. Sa ligne offensive lui permet à la fois d’avoir du temps pour lancer, et d’installer durablement le jeu de course. En somme, l’attaque marque plus, est plus équilibrée et donc moins prévisible. Darnold emmène son escouade offensive dans le Top-10 des meilleures de la saison et les qualifie en playoffs. Malgré une défaite contre les Rams en Wild card, la saison des Vikings est retenue surtout pour le niveau de jeu de Sam Darnold. Ce dernier réalise le meilleur exercice de sa carrière, des statistiques plus que décentes et une invitation au Pro Bowl. Il se révèle aux yeux de la ligue mais tout le monde se demande s’il ne sera pas un « one-hit-wonder » : un succès unique sans performance durable…

À Minnesota, Darnold prouve qu’il a le calibre NFL. © Janaye Johnson pour les Vikings
Qui est l’artisan de ce petit miracle dans le Minnesota ? La réponse est peut-être à aller chercher du côté du coaching staff des Vikings. Kevin O’Connell, head coach, est réputé pour être un faiseur de miracle au poste de quarterback. Avant de coacher à Minneapolis, il est l’artisan d’autres succès au poste de QB. Kirk Cousins, qu’il a retrouvé chez les Vikings, a d’abord été sous les ordres d’O’Connell à Washington quand il gagne ses galons de titulaire. Le coach est aussi à l’origine de la bonne saison de Jared Goff aux Rams avant son transfert à Detroit en 2020, qui sortait à l’époque d’un exercice 2019 pénible à regarder. On peut aussi noter la période transitoire quand les Vikings doivent alterner plusieurs quarterbacks après la blessure de Kirk Cousins : sans devenir des stars, ils ont tous trouvé une place dans le système d’O’Connell.
Sam Darnold doit faire ses preuves
À Seattle, tout change. Quand Sam Darnold est annoncé comme recrue à l’été 2025 alors que Geno Smith est envoyé à Las Vegas, le doute plane toujours. Il arrive à Seattle dans une période de transition que les fans ont encore du mal à comprendre. Deux ans plus tôt, Russell Wilson le quarterback qui a apporté un Super Bowl aux Seahawks, est échangé et Pete Caroll est remercié au poste d’entraineur. Celui qui prend les rênes de l’équipe, c’est Mike Macdonald.
Et ce dernier fait des miracles avec Geno Smith aux commandes : il fait passer les Seahawks d’un bilan de 9 victoires et 8 défaites sur les deux saisons précédentes à un bilan de 10 victoires et 7 défaites. Cette barrière des 10 victoires est symbolique, certes. Ses statistiques sont similaires, mais cela démontre que le tout nouveau système et le nouveau coaching staff ont su tirer le meilleur des éléments qu’ils avaient en leur possession. Beaucoup d’espoir naissent de cette saison. On s’attendait à une reconstruction lente, mais Mike Macdonald n’est pas du genre patient. Sans brûler les étapes, il drafte des jeunes aux postes qui en ont besoin, échangent les joueurs qui ne sont pas dans ses plans et consolide son projet pour les Seahawks. Sam Darnold donc, doit faire ses preuves pour rentrer dans le coeur des habitants mais aussi pour s’assurer une place à long-terme dans l’effectif. Le front-office des Seahawks ne veut pas avoir à payer un quarterback médiocre sur le long terme alors ils lui proposent un contrat clair. 3 années, 100 millions de dollars mais quelques garanties pour l’équipe :
- En 2025, l’année est entièrement garanti : 37,5 millions de dollars. Cela comprend la prime de signature et le salaire de base qu’il reçoit quoi qu’il arrive (tant qu’il est en bonne santé).
- En 2026, son contrat est partiellement garanti : 27,5 millions de dollars, dont 17,5 millions de dollars garantis, en cas de blessure, à la signature et le reste acquis après le Super Bowl LX (qui se joue bien à la fin de la saison 2025) s’il est toujours dans l’effectif. À priori, il touchera bien ce montant puisqu’il mènera les Seahawks à San Francisco le 8 février prochain.
- En 2027, rien ne lui est garanti. Si Seattle le licencie avant cette dernière année, ils ne lui doivent pas de salaire.
Seattle s’est intelligemment protégée dans le cas où l’expérience Darnold vire au cauchemar comme à New-York. La franchise ne s’engage pas sur la durée sans être certaine que Sam Darnold peut devenir le visage de la franchise mais récompense tout de même le quarterback pour ce qu’il a prouvé à Minneapolis en lui offrant quelques garanties et sécurités. Mais le plus important, c’est la confiance qu’à l’entraineur en chef, en son joueur dès les premiers instants :
Je pense que nous allons être vraiment fiers de notre quarterback ici… c’est un être humain formidable, un grand leader… solide comme un roc, à mon avis.
Mike Macdonald en pré-saison à propos de Sam Darnold.
Puis lors de moments plus compliqués…
C’est le compétiteur ultime… il va être énervé, c’est ce qu’on aime chez lui, mais il va se préparer et continuer à revenir à l’assaut… Je ne suis pas surpris. C’est ce qu’est Sam. C’est un excellent quarterback. C’est notre quarterback et nous l’aimons.
[…]
Continue à tout donner, mec. On t’aime et on est là pour toi.Mike Macdonald après un match où Darnold lance plusieurs interceptions et où les Seahawks s’inclinent finalement 21-19 face aux Rams.
Protégé dans les médias par son entraineur en chef, aimé par ses coéquipiers et dans les meilleures conditions jamais réunies autour de lui, Sam Darnold enchaine les bons matchs. Il est un temps dans la conversation du MVP mais au delà de ça, il semble être en pleine rédemption. Les Seahawks n’ont plus qu’une marche à gravir et Darnold pourrait ainsi écrire son nom, et celui de ses camarades, au panthéon de la franchise comme le deuxième quarterback à leur avoir apporté un Super Bowl.
Même dans la défaite, la ville de Seattle lui montre qu’elle voit en lui plus qu’un raté. Après des années passées à être catalogué comme un échec, Sam Darnold a trouvé ici un refuge, un terrain où ses erreurs deviennent des leçons et où sa résilience éclaire ses victoires. Son parcours rappelle à quel point l’arrivée trop précoce dans le grand bain des jeunes quarterbacks peut briser des carrières avant même qu’elles n’aient commencé. À Seattle, la franchise semble avoir appris de ces écueils : entourer un talent de patience, de confiance et d’un rôle clair, pour que la progression prenne racine et que le potentiel s’épanouisse. Alors que l’avenir se profile, la question se pose : comment préparer l’après Darnold ? Peut-être en offrant à Jalen Milroe le même cocon protecteur, une ascension graduelle loin des projecteurs, où il pourra grandir, apprendre, tomber et se relever, avant de devenir lui aussi le visage d’une équipe capable de rêver grand.
